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1 - Déforestation
Des millions de Phillipins empiètent sur les dernières forêts de l'archipel pour survivre mais la catastrophe qui a fait
plus de 1.100 morts... 
Manille (AFP), à 08:56 (05/12/2004)

    Des millions de Philippins empiètent sur les dernières forêts de l'archipel pour survivre mais la catastrophe qui a fait plus de 1.100 morts dans le nord-est du pays montre que la nature se venge avec de plus en plus d'inondations et glissements de terrain.
    Une tempête tropicale a causé la semaine dernière un déluge de troncs d'arbres, rochers et boue sur des villes côtières de la grande île de Luzon.
    Comme à l'occasion d'autres désastres similaires qui ont frappé le pays dans le passé, la déforestation illégale a été placée au banc des accusés et les coupables désignés sont nombreux.
    Des paysans pratiquant la culture sur brûlis, la guérilla communiste, des responsables gouvernementaux: tous portent une part de responsabilité, ont déclaré des défenseurs de l'environnement et membres de l'administration.
    "Un tiers de la population du pays environ vit dans les zones forestières", a déclaré le sous-secrétaire à l'Environnement et aux Ressources naturelles, Ramon Paje, qui estime que la forêt ne recouvre plus que sept millions d'hectares sur une superficie totale de 300.000 Km2. "L'abattage illégal est lié à la pauvreté. Tant que des gens y verront un moyen de payer leur prochain repas, les arbres n'ont aucune chance", a-t-il dit.
    La présidente Gloria Arroyo a suspendu ce week-end toute coupe d'arbre à des fins commerciales à la suite de la tragédie, qui rappelle une catastrophe similaire également imputée à la déforestation au cours de laquelle plus de 5.000 personnes furent tuées en 1991 dans la ville d'Ormoc, dans le centre des Philippines.
    L'exploitation des forêts est en fait interdite depuis 30 ans dans la région la plus touchée par le déluge, autour des villes de Dingalan, General Nakar, Infanta et Real. Mais la route menant à Real est longée de magasins de meubles et de scieries. Et les collines ont été replantées de cocotiers et autres récoltes aux racines qui ne s'enfoncent pas suffisamment dans le sol pour retenir la terre.
    Selon l'ex sénateur Orlando Mercado, qui avait proposé en vain d'interdire toute exploitation de la forêt dans les années 1990, 25 millions de gens sur un total de 84 millions vivent sur les 15 millions d'hectares du territoire désignés officiellement zones forestières. "Nous sommes tout simplement à court de plaines pour y habiter", dit M. Mercado.
    Pour Blas Tablanza, biologiste à l'Université des Philippines et militant écologiste, il est trop tard car l'exploitation de la forêt se poursuit depuis les années 1950. "Il n'y a plus assez de terre pour une renaissance des arbres", dit-il.
    La guérilla communiste a également été mise en cause. La présidente Arroyo l'a accusée d'être impliquée dans l'exploitation illégale de la forêt dans les régions touchées par les dernières catastrophes. L'armée assure aussi que les rebelles financent largement leur guérilla, qui dure depuis 35 ans, par le biais de la déforestation.
    Les maquisards rétorquent que ce sont les responsables locaux et même des législateurs qui sont derrière.
    Le sous-secrétaire à l'environnement, M. Paje, reconnaît que le relief accentué et les pluies ont joué un rôle dans la catastrophe. Mais "historiquement, la cause principale reste la conversion de la forêt en zone d'exploitation agricole, industrielle ou autre", dit-il.
    La solution, estime-t-il, "est de sevrer le gens de moyens de subsistance liés à la forêt pour leur trouver d'autres sources de revenus".

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