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1 -Conservation des espèces

 La chronique d'Eric Fottorino

La vie des animaux

LE MONDE  07/10/04 

    Depuis le début octobre se tient à Bangkok une grande réunion internationale où il est question des animaux sauvages. Comment les protéger. Comment décourager le commerce illicite dont ils font l'objet, par bête entière ou en petits morceaux.

    C'est en Asie que les espèces convoitées ont le plus de mauvais sang à se faire. Chine, Inde et Népal, voilà le triangle des Bermudes des tigres et des léopards à qui on décolle la peau sans vergogne et comme qui rigole.

    Sachant qu'une peau de tigre se négocie 10 000 dollars pièce, on conçoit que pour les trafiquants ennemis des gros chats le jeu en vaille la chandelle.

    Et l'hécatombe ne s'arrête pas aux descentes de lit ou aux fourrures payées directement sur la bête. Les douanes russes ont intercepté l'an passé vingt-six pattes d'ours de l'Himalaya qui faisaient route vers la Chine, façon de parler vu que les pattes étaient tout ce qu'il y a de plus inertes.

    Il faut noter que les paumes d'ours constituent paraît-il une spécialité culinaire très raffinée en Extrême-Orient. La bile des plantigrades, elle, est prélevée sur les animaux enfermés dans de petites cages et rejoint la pharmacopée chinoise traditionnelle.

    D'après le correspondant de l'AFP à Pékin, "le gouvernement a fait campagne contre une telle pratique, mais le prix élevé de la bile a poussé cette activité dans la clandestinité". Trafiquant de bile d'ours, un beau métier.

    Parmi les autres sévices réservés à nos amies les bêtes – bêtes féroces incluses, mais dignes de protection – il y a aussi cette traque bien particulière du poisson Napoléon, une espèce à chair réputée très tendre et goûteuse.

    Plébiscités dans certains restaurants asiatiques, ces poissons sont tout simplement pêchés... au cyanure. Une fois l'eau cyanurée, c'est probablement un jeu d'enfant d'attraper ces nageurs au nom d'empereur. Et peu importe si le cyanure fait mourir, entre autres espèces vivantes, les coraux.

    Dans la longue liste des "crimes contre la nature", les experts réunis à Bangkok ont inscrit le grand requin blanc, qui, s'il est moins gentil que dans le dessin animé Nemo, n'en mérite pas moins un urgent secours, sous peine de disparition définitive des fonds marins, où sa popularité est certes mitigée parmi les plus petits que lui.

    Comme à l'alouette on plume la tête et les ailes, ce géant des océans est tué pour ses dents, ses nageoires et sa mâchoire. Et qu'est-ce qu'un requin sans dents ? Pas mieux sans doute qu'un ours sans pattes, ou un éléphant sans défenses.

    Chez les pachydermes, on est en pleines dérogations. Plusieurs pays d'Afrique australe ont obtenu le droit d'écouler de soi-disant stocks d'ivoire, stocks sans cesse remis à jour et au goût du jour par les braconniers.

    Des bateaux bourrés de "pointes" partent à horaires fixes des ports sud-africains vers le Japon et la Chine. Les Etats-Unis ferment les yeux, certains membres de l'équipe Bush ayant des accointances avec les chasseurs du Safari Club International.

    On dit encore à Bangkok que les lions périclitent, et les tortues de mer, et les pangolins. Et puisque l'homme fait là ce qu'il défait ailleurs, des scientifiques allemands ont annoncé avant-hier la première insémination artificielle de rhinocéros blanc au monde.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.10.04


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