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Famille des Elapidae
Genre Naja

Cobra d'Egypte ou d'Afrique du Nord
(Naja haje legionis)


Naja haje legionis juvénile
Naja haje legionis subadulte
Jeune individu au corps encore clair.
Environs de Fort Bou-Jérif. Août 2001. ©M. Aymerich
Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich
Naja haje legionis
Naja haje legionis
Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich
Naja haje legionis
Naja haje legionis
Cobra se soumettant à des caresses au niveau de la nuque.
Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich
Tête de profil. Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich

Environs d'Aouïnet-Torkoz. Août 2002. ©Michel Aymerich

Noms usuels :  Français : Cobra d'Egypte; Cobra d'Afrique du Nord - Anglais : Egyptian cobra - Allemand : Uräusschlange - Arabe : Bou-Ftira; Bou Sekka. Tamachek : Seffeltes

 Description : Il est le serpent par lequel Cléopâtre se serait suicidée. Considéré par certains auteurs comme le plus grand serpent d’Afrique du Nord, une taille record de 2,55m a été rapportée (LE BERRE, 1989). Au Maroc sa taille dépasserait rarement 1,60m, toutefois un exemplaire de 2,20m environ vient d'être mesuré à Fort Bou-Jérif (Ouest de Guelmin). Son venin est potentiellement létal, mais à l’exemple des autres serpents venimeux, il n’injecte pas toujours à l’occasion d’une morsure une quantité mortelle de venin. Ainsi un Aïssaoui dont le métier était de capturer les cobras afin de les vendre aux montreurs de serpents de la place Jemaa-el-Fna à Marrakech nous racontait-il qu’après avoir été mordu une fois il alla se coucher, dormit et se réveilla comme si rien ne s’était passé (comm. pers.). Son envenimation avait été légère, tout au plus un léger engourdissement de la zone mordue. L’absence d’agressivité commune aux serpents peut être illustrée par le témoignage suivant. Le même Aïssaoui venait une heure auparavant de capturer un magnifique exemplaire d’une taille d’1,50 m ou plus, et nous le montra sur le chemin du retour. Le serpent, sorti du sac où il avait été enfermé, se mit immédiatement en position de défense, il écarta largement ses côtes cervicales, déploya typiquement sa coiffe imposante afin d’intimider son ravisseur et l'auteur de ces lignes qui s’approchait muni de son objectif 55 mm de macrophotographie. Photographié parfois de très près, à environ 90cm, le serpent ne manifesta pas une quelconque intention de se rapprocher.  J'ai eu l'occasion de vérifier de nouveau cette assertion en photographiant un jeune cobra de 80 cm de longueur à une distance de 30 cm, un individu subadulte à une distance d'un mètre et encore un individu adulte d'une taille d' 1,80m à une distance de moins d'un mètre... S'il peut arriver qu'un cobra dérangé dans son terrier et donc agressé par un intrus s'approche quelque peu de celui-ci, la bouche ouverte et sur une petite distance, c'est toujours une forme d'indimidation destinée à faire reculer et signifier: " passez votre chemin, ne me faîtes pas de mal, laissez moi tranquille!"
    Ces diverses expériences démontrent que les cobras n’attaquent pas et cherchent seulement à faire fuir l’ennemi réel ou supposé par ce moyen d' intimidation qui les caractérisent. Un comportement qui se révèle souvent fatal, car alors ils succombent aux jets de pierre ou finissent sous des coups de bâton impitoyables.
 
Avec cobra
A cette hauteur et à cette distance, le cobra peut difficilement parvenir
à atteindre un homme. Par ailleurs, le cobra fuit dès qu'il en a l'occasion.
Photo réalisée par Mohamed Chaker, 2006. ©M. Aymerich
M.A. face à un grand cobra mâle
Michel Aymerich démontrant que même à une petite distance, un cobra ne peut ni même ne tente de le mordre...
Photo réalisée par le capitaine Mohamed Chaker, 2006. ©M. Aymerich

  Biologie : De préférence actif au crépuscule, voire nocturne durant la saison chaude, il devient diurne le reste de l’année, se nourrissant de rongeurs, d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles, dont d’autres serpents.
Ovipares, les femelles pondent 8 à 20 oeufs dans un trou, dans une souche ou sous d'autres abris. Après 48 à 52 jours d'incubation à une température de 28-30° C les oeufs éclosent. Les serpenteaux mesurent alors 250-300 mm. Contrairement au Cobra à cou noir, Naja nigricolis, lequel est absent du Maroc, Naja haje ne crache pas son venin et se contente de déployer sa coiffe afin d'intimider son adversaire.

Eclosion d'oeufs de Naja Haje en Tunisie
Eclosion d'oeufs de Naja haje en Tunisie ©D. Oudjani

  Répartition : Seul représentant maghrébin de la Famille des Elapidae, le Cobra d’Afrique du Nord, ou Cobra d’Egypte, Naja haje, se retrouve jusque dans l’extrême Sud du Mozambique. Il est représenté au Sahara marocain par la sous-espèce Naja haje legionis. Sa présence semble de plus en plus aléatoire dans le triangle Agadir-Ouarzazate-Laâyoune où il était prééminent jusqu’au siècle passé, avec des extensions vers l’est jusqu’à Figuig, vers le nord-ouest aux environs d’Essaouira, vers le sud-ouest jusqu’à l’oued Assag et vers le sud-est jusque dans le Zemmour à Aïn-Timellousa, non loin de la frontière avec la Mauritanie.
Carte de répartition de Naja haje en Afrique
La répartition de la sous-espèce marocaine, Naja haje legionis (en noir) est très limitée
et se réduit dramatiquement... Cette sous-espèce mérite donc des mesures urgentes de protection!

  Conservation :
Au Maroc et ailleurs, le Cobra d’Afrique du Nord est une espèce de plus en plus menacée. Philippe GENIEZ et al. (2004) proposent de ranger la sous-espèce Naja haje legionis dans la catégorie des espèces vulnérables (VU). Il a déjà largement disparu de régions où il était relativement abondant et ses effectifs ont considérablement diminué dans des régions où sa présence n'était pas chose rare comme dans les abords de l’oued Assaka à l’Ouest de Fort Bou-Jérif, et dorénavant les trafiquants s'échinent à dénicher les populations survivantes dans les environs de l’Oued Drâa, au nord de Tan-Tan.

Ce serpent, l’un des joyaux du biopatrimoine marocain et précieuse relique subsaharienne, devrait bénéficier de mesures draconiennes de conservation. Sans doute faudrait-il, d’une part,  interdire leur prélèvement dans le milieu naturel à quelque fin que ce soit, d’autre part entreprendre des élevages soucieux des besoins de l'espèce permettant d’alimenter en venin les instituts de fabrication de sérums, voire de réintroduire ce serpent dans des réserves qui tiendraient lieu de sanctuaires. Parallèlement, il s'agit d'abolir les spectacles de serpents basés tout à la fois sur la maltraitance animale et le pillage de la biodiversité, qui plus est une biodiversité menacée. Il faut savoir, en effet, que les cobras, vipères heurtantes, couleuvres de Montpellier et autres serpents de la place Jemaa-el-Fna à Marrakech meurent tous sans exception après avoir été impitoyablement exploités pendant environ deux mois1] pour le plaisir douteux de ceux des touristes désinformés et l'enrichissement des montreurs de serpents qui sont très loins d'être des misérables. Toutefois  bien des visiteurs de Marrakech condamnent fermement ces pratiques et pour une part refusent de revenir au Maroc du fait des maltraitances observées (Nombreuses communications personnelles...) Les cobras pour leur part voient comme les vipères leurs crochets arrachés, pratique qui les condamne à des chancres buccaux, à des infections diverses et à une mort prématurée. Il serait, par ailleurs, très souhaitable d'interdire la pratique répandue qui est celle de l' éradication systématique des cobras (et des autres serpents) par les bergers et autres marcheurs habiles à manier le jet de pierres et le bâton, une interdiction accompagnée de campagnes d’information sur leur utilité, mais aussi sur leur comportement et l’attitude à adopter en cas de rencontre avec un cobra. Les exemples ne manquent pas, lesquels démontrent l'importance de leur rôle écologique et donc de leur utilité dans la régulation des rongeurs. Ainsi, à l'occasion des pluies, une véritable explosion des effectifs de Psammomys obèses, ou "Rats des sables", a pu être observée là où les cobras, ainsi que les Vipères heurtantes, Bitis arietans, étaient auparavant relativement nombreux.

L'antique sagesse enseignait que si on tue les serpents on aura des rats. Voilà pourquoi dans l’Egypte ancienne, entre autres, on les utilisait comme gardiens du foyer (et du stock de blé). Dans la catégorie des serpents bienfaisants, les Egyptiens avaient adopté certaines espèces jugées inoffensives en tant qu'animaux domestiques afin de veiller sur leur maison et les débarrasser des rongeurs qui causaient à cette époque de véritables ravages dans les greniers à grains, et transmettaient des maladies contagieuses. Les Egyptiens avaient une telle maîtrise des ophidiens dangereux, comme les vipères et les cobras, qu'ils les élevaient avec précautions pour les lâcher la nuit dans le territoire ennemi  ou pour les introduire au cœur des pyramides2] afin de protéger les trésors des rois défunts contre ce qu'ils considéraient comme le plus grand crime : la profanation et le pillage des tombes royales. Aujourd'hui, ne sont-ils pas devenus les gardiens d'un autre "temple"? Le plus beau et le plus sacré, celui de la biodiversité, sans lequel notre monde sombrera dans un univers aussi invivable que désenchanté et dépourvu de sens.

1]
  Voir encadré ci-dessous.
2] Précisons toutefois que les cobras et vipères ne courraient  pas derrière les ennemis des Egyptiens à la manière de chiens dressés, mais effrayaient leurs ennemis par leur seule présence!


  Observations :

-Août 2001. Environs de Fort Bou-Jérif : deux exemplaires, un adulte et un subadulte, capturés par un Aïssaoui. (M.A. & E.A.)
-Août 2001. Environs de Fort Bou-Jérif : traces observées et mue d'un exemplaire adulte récoltée (M.A.)
-Août 2002. Oued Draa (Nord de Tan Tan) : traces observée (M.A. & E.A.)
-Mai 2005. Environs de Fort Bou-Jérif : un jeune exemplaire capturé par Aïssaoui (M.A.)
-Juillet 2006. Environs de Fort Bou-Jérif : un  exemplaire subadulte capturé par Aïssaoui (M.A.)
-Septembre 2006. Environs de Fort Bou-Jérif : deux adultes, un grand mâle d'une taille d' 1,81m et une femelle capturés par Aïssaoui (M.A.)


Fiche complétée le 22 avril 2008.

Par Michel AYMERICH

Appel au boycott des spectacles de serpents et autres pratiques basées sur la maltraitance animale et l'exploitation de la biodiversité au Maroc
Reportages sur l'exploitation et la maltraitance des serpents,
singes magots et autres animaux à Marrakech

L'APPEL DE MARRAKECH
(adopté à l'issue du Premier Congrès Méditteranéen d'Herpétologie)

Pour plus d'informations sur les abominations

de la place Jemaa-El-Fnaa et du souk de Marrakech, voir:

http://geres-asso.org/forum_tribune.html

http://geres-asso.org/dossiers.html
et http://geos-nature.org/forum.html

"Charte du respect
des espèces et des écosystèmes"

proposée par l'association partenaire GEOS...


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