DÉCLARATION du GERES
Pour la
sauvegarde de la
biodiversité saharienne et nord-africaine…
Le Groupe d’Etude et de
Recherches des Ecologistes Sahariens (GERES) est une association des
amis de la Station de recherches présahariennes
d’Aouïnet-Torkoz au Maroc.
Fondé en 2004 en tant
qu’association déclarée loi 1901, il a pour but de
concourir à promouvoir l’étude et la recherche portant
sur la flore et la faune avec pour objectif de les mettre au service
prioritaire de la sauvegarde des espèces et de leurs milieux.
Nombreuses, en effet,
sont les espèces végétales et notamment animales
qui sont menacées d’extinction prochaine au Maroc, notamment
dans les régions présahariennes et sahariennes où
se concentrent un grand nombre d’espèces d’affinités
sahéliennes et éthiopiennes ; nombreuses sont les
espèces éteintes dans ce pays au XXème
siècle. Le Crocodile du Nil (sud de Foum El Hassan, sud
d’Assa, sud d’Akka, 1951), l’Autruche à cou rouge, le
Vautour oricou, le Bubale (Foum Zguid, 1945), l’Addax (Tahlat, 1956),
l’Oryx algazelle, (région de Dakhla, 1973), le Lion de l’Atlas
(Assa, Tan Tan, 1935, Taddert, 1942), etc. ne sont plus, au mieux,
qu’un vague souvenir (nombreux sont ceux qui ne soupçonnent
même pas leur existence relativement récente au Maroc). Et
les dix dernières années voient s’accélérer
dramatiquement ce phénomène désastreux
(disparition probable du Chat des sables). La Panthère
tachetée s'éteint (moins de dix spécimens
génétiquement isolés), l’Ibis chauve, tout un
symbole, voit chroniquement son futur hypothéqué par des
exactions très regrettables dirigées contre ses ultimes
sites.
Nombreux sont les
milieux en voie de dégradation ou d’ores et déjà
dégradés, les écosystèmes détruits,
les espaces appauvris pour des milliers d’années – sinon
définitivement - si rien n’est entrepris pour stopper et
inverser le sens de ce processus catastrophique.
Nombreux sont les
exemples de dégradation de l’eau si nécessaire à
toute vie, avec notamment l’utilisation dans tout le Maroc rural de
détergents non appropriés lors des lessives faites
quotidiennement dans les sources, les oasis et les oueds, où
tout microcosme animal et toute phytocénose hygrophile a d’ores
et déjà disparu.
Au Maroc les forêts de
Cèdres de l’Atlas se réduisent comme une peau de chagrin,
l’arganeraie se meurt (la moitié de sa surface a
été perdue en un demi-siècle !), la suberaie de la
Maâmora (initialement la plus grande formation à
Chêne-liège au monde) n’est plus qu’une ossature creuse
sur un sol défunt, le Pistachier de l’Atlas n’existe plus qu’au
profit de formations maraboutiques, le Gommier de l’Atlas qui
organisait de vastes écosystèmes (Haouz, Rehamma, Tadla,
Chaouia...) a été tant défriché sur son
aire naturelle qu’il n’offre plus que des groupements isolés, la
thuriféraie du montagnard méditerranéen et de
l’oroméditerranéen n’est plus qu’une « forêt
morte », les ripisylves se voient de plus en plus biffées
du paysage marocain ; dans les zones sahariennes les Acacia raddiana
disparaissent, les A. ehrenbergiana ne sont plus que de rencontre
exceptionnelle, les peuplements à Balanites ont
déserté les zones d’épandages limono-sableux
où ils étaient encore fréquents jusqu’aux
années 50, et un long etc.
La désertification
provoquée par des hommes s’aggrave. Déforestation,
mauvaises techniques sylvicoles, parcours du cheptel en forêt,
pression pastorale partout démesurée, divers processus de
dégradation (matorralisation, steppisation,
thérophytisation, etc.), érosion, désertification.
Le drame de la terre dénudée devient crucial.
Pour ce qui concerne les
Invertébrés, ces « petites bêtes qui
n’intéressent personne» bien qu’ils représentent
trois-quarts des espèces animales et jouent un rôle
indispensable au maintien des autres espèces
végétales et animales, le bilan est des plus
désastreux avec une érosion catastrophique de la
diversité spécifique et l’éradication
documentée de la plupart des endémiques
Bientôt, si rien n’est fait, des espèces remarquables
telles les dernières Gazelles dorcas, les Hyènes
rayées survivantes, les derniers Lynx caracals, les derniers
Servals, les derniers Guépards, les dernières
Outardes houbara, les derniers Varans du désert, les
dernières Vipères heurtantes, les derniers Cobras - pour
prendre quelques exemples - rejoindront aux côtés de
beaucoup d’autres des espèces dont on ne saura qu’elles ont
existé au Maroc que dans les illustrations ou textes de rares
livres couverts de poussière de quelques érudits.
C’est une richesse
incommensurable qui se perd à tout jamais, c’est le
témoignage du drame de l’appauvrissement à tous
égards d’une région d'Afrique du Nord-Ouest longtemps
riche par sa biodiversité, ce dont témoignent encore
plusieurs sites de gravures rupestres.
C’est pourquoi,
indépendamment de l’étude et des recherches
concrètes en cours, il s’agira toujours de concourir à
promouvoir une lutte multiforme pour que soient entreprises des mesures
volontaristes de conservation des espèces
végétales et animales (Invertébrés et
Vertébrés) et de leurs milieux, impliquant des actions en
faveur de la réintroduction d’espèces disparues.
Pour ce
faire la Station de recherches sahariennes d’Aouïnet-Torkoz sera
pour le GERES un outil privilégié. Ce dernier s’efforcera
dans cette perspective de faire jouer à la Station un rôle
crucial et exemplaire tant local que régional et international.
Le
GERES oeuvrera à créer les meilleures conditions tant
auprès des autorités que de la population afin que soient
créés des réserves naturelles et/ou des parcs
nationaux qui se devront d’être des modèles du genre dans
cette région du monde. Il s’agira, par exemple, de rechercher
des solutions économiques avantageuses pour les citoyens
susceptibles d’emporter leur adhésion pleine et entière
à ces projets. Des solutions économiques compatibles avec
les impératifs de la sauvegarde des espèces dans leurs
milieux naturels.
Le
GERES veillera à ce que les lois de protection existantes soient
conséquemment appliquées et s’efforcera d’en faire
adopter de nouvelles dont il vérifiera également le
respect effectif.
Le GERES oeuvrera
- tant à travers l’outil qu’est la Station
qu’indépendamment de celle-ci - à promouvoir une approche
écologique fondée sur une éthique du respect de la
diversité vivante.
Parallèlement le GERES aidera la Station à jouer un
rôle incontournable dans la lutte contre la
désertification, dans l’étude de la géologie et
des phénomènes sismiques.
Ce faisant
l’association sera fondamentalement animée de la volonté
d’accroître par ce biais sa propre autorité ainsi que
celle de la Station tant auprès des habitants que plus
généralement afin de mieux faire avancer ses objectifs
prioritaires de sauvegarde de la flore, de la faune et de ses milieux.
Afin
de réaliser ses objectifs, le GERES s’efforcera de contribuer,
notamment à travers l’outil privilégié qu’est la
Station, à jouer auprès des élèves, des
enseignants et de la population, un rôle incontournable dans la
formation régionale au nécessaire respect de la
biodiversité en tant qu’élément essentiel du
patrimoine national naturel du Maroc et international.
Le GERES assurera
la mise en place de liens et leur maintien avec d’autres associations,
institutions, centres de recherches, universités, personnes,
etc., lesquels apporteront une contribution avérée (ou
seront susceptibles d’en apporter une) à la réalisation
des objectifs de l’association.
Les moyens d’action de l’association sont ou
seront les suivants :
- Un site Internet comportant un forum ouvert aux
contributions d’un niveau compatible avec les buts poursuivis.
- La constitution d’une banque de
données.
- La création de supports informatiques (tels CD,
DVD, etc.) contenant des informations utiles et nécessaires tant
aux personnes intéressées par la problématique de
la sauvegarde de la flore et de la faune saharienne et de leurs milieux
qu’aux élèves et enseignants qui pourront faire un emploi
de ce matériel conforme aux buts proclamés de
l’association.
- La rédaction et la publication ou l’aide à
la rédaction et la publication de contributions diverses
(ouvrages, articles) susceptibles de faire avancer les objectifs
poursuivis par l’association.
- Le soutien aux projets compatibles et/ou entrant dans le
cadre des objectifs fondamentaux du GERES tels que formulés dans
la présente déclaration et conformes à ses statuts.